Côtes d’Armor, Manche, Drôme, Nord : des séries inquiétantes d’incendies de fermes


04 décembre 2019

Des incendies apparemment d’origine criminelle se multiplient depuis près d’un mois dans les environs de Callac (Côtes-d’Armor) et dans la Drôme des collines, suscitant l’inquiétude des fermiers locaux et de toute une profession vent debout contre l’« agribashing », cette mode, imposée aux médias et influenceurs par certains activistes violents, de taper sur tout le monde agricole.

Dans la nuit du 22 au 23 novembre, deux fermes ont été incendiées, d’abord à Gessans vers 22 heures où un bâtiment qui abritait 200 tonnes de paille a brûlé, ensuite à Parnans vers une heure du matin où une étable de 90 bovins a été incendiée – 26 génisses ont péri malgré les efforts des agriculteurs et des 62 pompiers mobilisés.

Le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume a condamné « fermement les intrusions et incendies criminels » dans les deux fermes. Le 26, il a renchéri dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale : « Depuis une dizaine de mois c’est 50 intrusions dans des exploitations agricoles, dans des bâtiments d’élevage. Ce week-end encore, trois bâtiments ont brûlé, ce n’est pas acceptable ! ».

Le 23 novembre encore, un hangar agricole avec de la paille et des bovins  a aussi été incendié à Saint-Antoine-l’Abbaye, mais le feu a pu être maîtrisé par l’exploitant. Le même jour un hangar qui abritait 300 bottes de pailles a été incendié et détruit à Montoison, mais la propagation à l’élevage de porcs voisin a été évitée. À la suite de ces feux, 150 gendarmes ont été mobilisés de façon visible – notamment avec des contrôles routiers – pour montrer aux agriculteurs le soutien des pouvoirs publics et « éviter une justice personnelle ».

Vengeances, actes de pyromanes, anti-spécistes ?

Selon une source proche de l’enquête interrogée par France 3, « À chaque fois on a le même profil de bâtiment visé : des exploitations isolées, proches de la route, reculées des villages. On écarte toute probabilité de cause accidentelle ». Les pistes d’actions violentes de militants anti-spécistes – autrement dit opposés, y compris par la violence, à toute exploitation alimentaire des animaux –, de vengeance dans le milieu agricole ou d’un simple pyromane sont poursuivies.

En Bretagne, dans les Côtes-d’Armor, quatre incendies ont eu lieu en un mois dans un rayon de quelques kilomètres autour de Callac. De la paille et même des machines agricoles ont brûlé.

Cette série d’incendies bretonne ne manque pas d’en rappeler une autre dans la Manche : dans la nuit du 14 au 15 septembre 2019, trois incendies agricoles ont eu lieu : un bâtiment de 800 m² au Pas, près de Pontorson (fourrage et machines agricoles), à Limasnière en Huisnes-sur-Mer (200 roundballers, une remorque, un andaineur) et des bottes de pailles rangées près de bâtiments aux Bas-Courtils.

Par ailleurs, fin septembre, quatre violents incendies se sont déclarés aussi dans les environs de Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Calais) sur les communes de Saint-Denœux, Beaurainville, Humbert et au hameau de Pottier, dans un rayon de 15 kilomètres. Trois granges à fourrage ont brûlé, ainsi que des ballots de paille stockés en extérieur au Pottier. Quatre suspects d’une vingtaine d’années ont été interpellés dès le 24 septembre et ont reconnu avoir agi sous l’emprise de stupéfiants ; trois seront jugés le 17 décembre prochain. Leurs forfaits ont provoqué plus de 30 000 € de préjudice pour les exploitations concernées.

Depuis le début de l’année 2019, plusieurs bâtiments agricoles ont déjà été victimes d’incendies criminels en France. Mi-janvier, un homme de 59 ans a été interpellé après l’incendie d’un bâtiment en Dordogne où 200 roundballers et 4 tracteurs avaient été détruits par le feu – il avait travaillé sur cette exploitation par le passé et était mécontent de ses conditions de travail. Dans le Perche à Normandel (61) trois bâtiments d’élevage avicoles prêts à recevoir des volailles ont été brûlés ce 17 septembre vers 3 h 40 du matin – des tags antispécistes comme « assassins » et « camp de la mort » ont été retrouvés sur place, les bâtiments avaient été ouverts par effraction.

Le problème ne date pas d’aujourd’hui. À Clamecy, dans l’Yonne, le même hangar agricole à fourrage, dépourvu d’électricité, avait été incendié deux fois en 2017, en mars et mi-septembre, après sa reconstruction. Toujours dans l’Yonne, en juillet 2017, dans un contexte de canicule, plusieurs hangars agricoles ont brûlé. La gendarmerie a fini par ouvrir une enquête après l’incendie d’un hangar à foin de 4000 m² le 5 juillet sur la commune de Bazarnes.

En août 2017, quatre bâtiments avaient encore brûlé dans un rayon de 10 km autour de Saint-Pantaléon-de-Larche en Corrèze, 15 vaches et 2 800 m² de bâtiments avaient brûlé en une nuit, du 11 au 12 août, de 1h42 à 2h40. Trois incendiaires présumés ont finalement été interpellés en juin 2019 pour ces faits. Les pyromanes étaient originaires de Brive.

Entre mai et octobre 2018, la même exploitation – le GAEC Better à Aspach-le-Haut (Haut-Rhin) – a vu ses tunnels bâchés à foin incendiés deux fois en Alsace. Pis, en octobre, quatre autres fermes – de vaches laitières celles-ci – ont vu leurs granges à foin incendiées sur la même période. Dans tous les cas, les feux semblent clairement d’origine volontaire, donc criminelle. À la suite du double incendie, le GAEC Better, une exploitation de vaches à viande bio, avait lancé une collecte et obtenu 2 145 €.

Louis-Benoît Greffe

Photo d’illustration : DR
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